L'œuvre (suite)

Le Centre d’études de La Barbariga

Enthousiasmé par l’évolution de la science à cette époque, désireux d’apporter sa pierre à l’édifice, l’industriel italien Angelo Dalle Molle lance dans les années 50, avec quelques collaborateurs, un vaste programme d’études économiques. Séduites par le caractère radicalement novateur de la démarche, des personnalités de la science et de l’économie se proposent d’apporter leur contribution. Très vite, les travaux s’intensifient, et le Centre d’études de La Barbariga (Centro studi della Barbariga), près de Venise, est créé.

A ses débuts, le Centre s’attache à trouver comment dépasser les méthodes de production qui déresponsabilisent l’ouvrier et stérilisent son esprit. Dans cette critique du gigantisme des institutions et des entreprises, Dalle Molle montre du doigt l’émiettement de l’information tout au long de la chaîne de production, la multiplication des fonctions primaires et, au bout du compte, l’incapacité du système à mettre en valeur les potentialités individuelles.

Dans ses recherches, le Centre s’efforce toujours d’intégrer l’approche du théoricien avec celle de l’ingénieur, et de traduire ses projets en modèles fonctionnant à l’échelle de la réalité. Il fit ainsi construire une fabrique néo-artisanale de voitures électriques dans laquelle le principe de la stimulation des qualités humaines était réalisé. L’idée de base de l’économie sociale de marché restera sous-tendue à toutes les recherches successives du Centre.

Très rapidement, la réflexion devient plus ample et le mouvement plus philosophique, pour aboutir dans les années 70 à la conclusion que nul trésor de potentialité individuelle ne doit rester inemployé! Car à cette époque l’effet négatif de massification, dû au gigantisme, ne s’arrête pas à la sortie de l’usine, mais explose dans la consommation, dans l’anonymat de l’habitat citadin, dans la paralysie de la circulation urbaine, dans les universités, etc.

Ferruccio Bolla et la Suisse

Dans la perspective d’un nouvel humanisme à inventer, et dans le contexte de la révolution scientifico-technique, le groupe de La Barbariga intensifie vers les années 70 ses travaux en informatique et en intelligence artificielle (IA). Il semblait alors évident que l’IA allait pouvoir fournir des instruments puissants et flexibles pour réorganiser la vie dans un sens plus humain. L’idée de base de l’économie sociale de marché restera sous-tendue à toutes les recherches successives du Centre. L’homme devient l’alpha et l’oméga de la recherche, laquelle acquiert de ce fait une forte impulsion interdisciplinaire.

Ainsi, conscient des problèmes que posent, sur le plan international, les difficultés de communication, Angelo Dalle Molle souhaita, en 1972 déjà, créer un institut où des chercheurs de très haut niveau exploreraient les possibilités de la sémantique par ordinateur. Son projet: améliorer la communication par la création d’une langue commune à tous et par la création d’ordinateurs capables de traduire.

Avec ses quatre langues officielles, la Suisse s’intéressait de près à ces travaux. Un membre suisse du groupe, le politicien tessinois Ferruccio Bolla, Conseiller aux Etats, invita donc le Centre d’études de La Barbariga à créer une institution spécifique pour les étudier plus à fond. La Fondation Dalle Molle fut créée en 1971 à Lugano (CH), avec pour tâche de conduire des recherches en informatique avancée et en intelligence artificielle.

Création d’instituts de recherche

Elle accomplit cette mission à travers la création de plusieurs instituts: l’ISSCO, Istituto Dalle Molle di Studi Semantici et Cognitivi, en 1972 (traitement de la langue), l’IDSIA, Istituto Dalle Molle di Studi sull’Intelligenza Artificiale, en 1987 (traitement des connaissances) et l’Idiap, Istituto Dalle Molle d’intelligence artificielle perceptive, en 1991.

Ces trois instituts forment une triade cohérente dans le domaine de l’intelligence artificielle, et leurs travaux convergent dans l’effort de rechercher les processus les plus puissants pour que la machine «comprenne». Pour le premier institut, il s’agit de la compréhension du langage naturel; pour le deuxième, de la compréhension de la connexion des connaissances; pour le troisième, enfin, de la compréhension des perceptions. Cette concentration sur le phénomène de la compréhension rapproche les instituts, les unit en un ensemble organique et permet leur synergie.

Un dernier institut, MEDIPLANT, a été créé en 1988 à Conthey, en Valais (CH). Celui-ci s’est notamment donné pour mission de proposer des cultures qui répondent aux lois économiques et aux nécessités écologiques.

Autres champs de travail

Les autres champs de travail de l’œuvre dallémollienne concernent la recherche de propositions pour résoudre certains grands problèmes. On retiendra notamment les rapports entre les citoyens et les institutions, avec l’étude des différents systèmes fédératifs, dont celui de la Confédération suisse, dans l’idée de s’orienter vers une amélioration de la vie de chaque citoyen, ainsi que la manière de vivre et de consommer.

Pour cette deuxième problématique, Dalle Molle s’est attaqué à la pollution dans les centres urbains. A La Barbariga a été construit un modèle de circulation non polluante, axé sur les voitures électriques, et conçu globalement comme un système de transports collectifs à conduite individuelle. Les abonnés, munis d'une carte magnétique, pouvaient ainsi louer une voiture dans différents quartiers. En indiquant au moment de la location l'endroit où le véhicule serait rendu, une place de parc y était automatiquement réservée.

Les deux grands projets de construction des voitures et de leur emploi pour la circulation urbaine non polluante représentent l’effort le plus complet fait à La Barbariga, depuis les études théoriques jusqu’à la construction de modèles fonctionnant en grandeur réelle.

 

«Le progrès scientifique en général et les progrès réalisés dans l'informatique en particulier ne doit pas asservir l'homme mais au contraire être à son service.»

Angelo Dalle Molle